30.07.2011

Braderie de Strasbourg : la société du spectacle marchand

CARTE.jpg« En effet, libérés de la lutte pour se maintenir en vie, les hommes sont devenus les esclaves de la croissance économique, totalement aliénés à la société de consommation. Suite à la domination de la valeur d'échange (prix sur le marché) sur la valeur d'usage (utilité du bien), la marchandise elle-même est parvenue à occuper la vie sociale. Le spectacle est en fait ce stade où la marchandise en occupe la totalité : le monde est celui de la marchandise, son reflet. »

Guy Debord

Les rues de Strasbourg sont pleines, mais ce sont les gens qui sont à plaindre. Ils viennent là croire à des affaires qui n’en sont pas et qui sont devenues des consommateurs matés. Ils arrivent au coup de sifflet pour la « fête marchande ». Qui sont Rebecca Hampton ou Didier Gustin, les stars chargées d’inaugurer les lieux ?

D’illustres méconnus devenus marchandises à leur tour et qui se bradent pour un cachet, une nuit d’hôtel et la promesse d’un bon moment à Strasbourg. Dans les rues, la police veille. La braderie, c’est le jour des affaires aussi pour les pickpockets.

Mais revenons-en à l’essentiel, cette « sainte messe » molle pour acheteurs convulsifs. Bizarrement, les magasins ont des stocks d’objets à vendre alors que nous sommes en fin de soldes. Certains de ses objets ne valent plus grand-chose et pourtant, on fera croire à la remise sublime.

Bien sûr les commerçants ont droit à leur fête, mais peut-être faudrait-il alors renommer la braderie en fête des commerçants strasbourgeois.

Il en reste donc ? Allons, allons, la ville s’est vendue et aux petits commerçants que nos pères ont connus, ont succédé des franchises. Là, une vendeuse payée au SMIC horaire partage avec vous ses angoisses, ses stress; parfois, vous êtes son punching-ball. Le dire à son patron, elle n’en a que faire et lui ira chercher le cv suivant.

Le commerce, à Strasbourg, c’était l’échange. Aujourd’hui, c’est une vente sans merci, et parfois, sans bonjour ni au revoir. Si le service est mauvais aujourd’hui, il faudra pardonner. C’est la faute à la braderie !

Mais les autres jours, camarades ?

Le spectacle est donc marchand. La marchandise devient une raison de vivre et parfois de se battre. Est-ce cela là modernité, sont-ce cela les « lendemains enchantés » ?

Strasbourg bouge encore mais a perdu son âme. Vendue, comme le reste. Et quand à ceux qui devaient éviter cela, ils méritent aussi un grand déballage.

Cagliostro (aile gauche)

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